ACTUALITÉS

This is a single blog caption
2
Nov

« Aux Rencontres de l’officine, nous pousserons la réflexion plus loin ”

Pascal Perri, économiste, directeur de PNC Economic et animateur aux Rencontres de l’officine a répondu à nos questions. 

Vous êtes spécialiste de l’économie, et notamment des politiques de prix. Depuis maintenant 2 ans, vous modérez et animez les débats politiques des Rencontres de l’officine. Pourquoi le monde de la pharmacie suscite-t-il votre intérêt ?

P.P. : Le milieu de l’officine est particulièrement intéressant, car il concentre une grande partie de la réflexion socio-
économique actuelle. Il y est question de valeur et de prix dans un marché pourtant normé et administré ; il concerne des professionnels de santé libéraux entourés de grands acteurs tels que les laboratoires, les industriels ; il est bouleversé par les avancées de la recherche et par l’innovation ; enfin, il évolue dans les politiques de négoce en B2C. Le prix de la santé est une des grandes problématiques de l’écosystème politique actuel. Cette notion est dynamique et évolue avec notre société, marquée par le vieillissement de la population et le progrès de la médecine. À ce titre, la pharmacie tient un rôle majeur dans l’évolution de notre système de santé.

Vente en ligne, nouvelles missions, financement : le secteur officinal fait face à de nombreux bouleversements. Sentez-vous les pharmaciens prêts pour le changement ?

P.P. : Je dirais que tous ne sont pas prêts, même si des idées émergent. Certains pharmaciens l’ont d’ailleurs bien compris : l’officine pourrait jouer un rôle encore plus grand dans le parcours de soins. Le pharmacien a la légitimité pour le faire, l’exercice même de son métier le met en contact direct avec les patients et ce, gratuitement. Il est essentiel que chacun de ces libéraux comprenne qu’ils sont à un carrefour et que le virage doit être pris. C’est l’évolution naturelle de votre métier !

L’introduction du digital permet le transfert d’une partie de l’intelligence humaine vers l’intelligence artificielle, l’occasion idéale pour le pharmacien de se concentrer sur son cœur de métier : le conseil. Ce conseil est sous-évalué et la part du commerce est surévaluée. Il est indispensable de revenir à un équilibre pérenne et de monter en gamme dans ce parcours de soins.

Diriez-vous que la pharmacie s’enferme dans un carcan réglementaire, au détriment de sa créativité ?

P.P. : Le pharmacien est un libéral dont le domaine d’activité est encadré, régulé et réglementé. Le paradoxe est certain quand on sait qu’une profession libérale est par définition ouverte à la concurrence…

Qui les pharmaciens doivent-ils observer pour réinventer intelligemment leur métier ?

P.P. : Il est important de souligner que nous évoluons dans un contexte européen où l’heure est à la déréglementation. Les experts-comptables sont un bon exemple à étudier : premiers concernés par la réforme de leur statut capitalistique, ils ont su s’adapter. Il est certain que les pharmaciens sont sur la liste des futures professions déréglementées. Alors comment s’adapter ? L’Europe ouvre des perspectives. Le pharmacien reste un expert diplômé, dont les modalités d’exercice doivent être respectées. Je suis très favorable à l’idée de concentrer le conseil professionnel. Dans sa globalité, la valeur immatérielle de ce que le pharmacien peut délivrer doit être repensée.

Cette année, notre débat d’ouverture portera sur les data de santé. Comment allez-vous traiter cette problématique que l’on sait très sensible, et qui allez-vous interroger ?

P.P. : C’est une question décisive. Le sujet des data nous conduit inévitablement vers celui du respect de la vie privée et des libertés individuelles. Le pharmacien est le gardien de ce secret et reconnu par les patients comme un professionnel de santé digne de confiance. À ce stade de notre réflexion, il paraît donc évident que notre meilleure garantie est de confier ces data de santé au pharmacien. Pourquoi ? Car il n’a pas d’intérêt économique à les exploiter à titre individuel. Les confier à un tiers, c’est risquer une utilisation commerciale de ces informations. Cette problématique est donc très complexe, car elle fait appel au droit commun, à la culture, à la démocratie sociale… Aux Rencontres de l’officine, nous réunirons les acteurs qui s’intéressent ou construisent ces data, mais pas seulement. Nous pousserons la réflexion plus loin, en direction de la philosophie et de l’évolution de la société. À ce titre, nous aurons la chance d’accueillir un philosophe qui nous livrera le fruit de sa réflexion pour ouvrir le débat ensemble…